Pierre Henri Argouarch,
touches picturales de l’intuition

Pierre Henri Argouarch a la particularité
de rêver, crayon en mains, ses projets.
Comme une exigence intuitive, il doit
faire passer par son filtre artistique ses
envies professionnelles.
Ici le projet l’inspire.
Il est intéressant de s’arrêter un temps
devant les originaux de ses croquis et de
ses maquettes pour guetter les étapes
de l’élaboration du projet architectural.
L’élément commun et primordial qui
émerge de ses oeuvres demeure incontestablement
la présence d’une lumière
évanescente. Une lumière émise par
le rythme des touches de couleur et
des matières, suspendant l’abri qui se
constitue sous nos yeux, qui prend corps
au fur et à mesure des croquis et de leur
chronologie.
« Il assemble, réunit et fusionne les
matières expressives »
dit Yann Gautron en 2008.
Cette lumière rayonne et se concentre
simultanément comme deux activités
agissant de concert pour marquer le
point de rencontre des fonctions affines,
figurées par les pics menant à l’infini et
de plus en plus précisément l’architecture
s’impose : un abri–container stellaire
comme un satellite d’exploration qui
brille, traversé çà et là par les ondes
cosmiques et par les particules du vide.
Yann Gautron écrit : « l’absolu se dresse »,
« la synthèse est une installation, chaque
partie glisse vers une autre (…) la ligne
est un décor (…) le glissement est unitaire,
il n’y a plus de cloison, tout se mêle ».
Sur les croquis de PHA, un cadre se
dessine, apparaît et disparaît et compose
des tableaux éphémères et abstraits.
C’est un cache pour équilibrer nos vues et
nos pensées ; il fuit et revient pour mieux
s’imposer.

Seule perdure la structure de notre
souvenir et le projet d’abri s’ouvre et
se reflète dans un cadre à géométrie
variable comme nos rêves.
Des esquisses restituent les griffures,
griffures renouvelées comme autant
de traces du passé, comme un besoin
de trouer les carcans de nos préjugés,
de mettre en mouvement un courant
alternatif.
Une autre récurrence est à mettre en évidence : un rose permanent, insistant
revient en aplat ou par petites touches à
chaque proposition. Une couleur qui fait
le lien entre le vieux rose des tapisseries
d’avant-guerre et le rose “mode” de nos
jours en paix. Un rose de travail pour
influencer nos projets. J’espère cette
couleur prémonitoire et je la veux comme
unique défense passive nécessaire.
Croquis après croquis, PHA charge le
projet de l’inconscient collectif et de son
interprétation intime de la notion d’abri.
La réalisation sera très légère, comme
un reflet prêt à s’envoler car les parois
sont des miroirs. Elle n’empiètera pas
sur nos vies, elle ne pèsera pas sur nos
consciences et renouvellera par là-même
le concept de monument, de stèle
mémorielle plombant de tristesse le
passant. L’architecture (du mémorial)
propose de souligner discrètement la
porte qui s’ouvre à chacun de nos pas
et des avancées humaines, et met à
disposition de longues perches comme
le symbole d’un saut possible vers
l’inconnu comme l’ont fait ceux qui
reconstruisent leur vie et leur ville.
Ce projet tel que l’a conçu PHA libère une sensualité à fleur de miroir.

Anne Le Guen